Mohsen El Gharbi est comédien, non, auteur, non non, metteur en scène, en fait, bien souvent tous les trois à la fois; il se considère comme un artisan créateur de théâtre. C’est ainsi qu’il a été formé chez Lassaad à Bruxelles, une formation de pédagogie Lecoq où l’acteur est généralement créateur de ses oeuvres.

Il est flamand, non, tunisien, non non, québecois, en fait tous les trois et aucun à la fois. Ça dépend de comment il se sent et comment on le voit ! Quelles lunettes portes-tu quand tu le regardes ?

Il joue avec d’autres, non, il est plutôt seul en scène, en fait il alterne les deux. Il adore jouer en troupe (même si elles n’existent que provisoirement, le temps d’une production), mais se retrouve d’année en année à créer des solos. Il en a créé cinq et travaille sur son sixième.

Mohsen est un peu obsédé par son arrière-grand-mère puisqu’il a écrit et joué trois solos et réalisé un documentaire (Le secret d’Omi Mouna) sur elle. Ses cinq solos Omi Mouna, Il était une fois Omi Mouna…, Juste pour mourir – Monologue d’un kamikaze raté !, Le dernier rôle, Omi Mouna ou ma rencontre fantastique avec mon arrière-grand-mère ont pour thème la violence. On a hâte de découvrir son nouveau solo, qui parait-il, traite de toute autre chose – on en doute ! Il parait que les auteurs ont leur marotte. D’ailleurs il a écrit et joué un duo, Arlequin et Tyrano, qui ne dérogeait pas à la règle.

Après des mois de tournée en solitaire, il est content de retrouver les autres, les comédiens et les metteurs en scène (mais aussi toute l’équipe, des concepteurs aux techniciens; habituellement, on ne les cite pas dans une biographie, probablement à tort). Il y a Claude Poissant dans la fabuleuse et tragique pièce L’Orangeraie (L. Tremblay); toute l’équipe que Mani Soleymanlou avait réunie pour créer Trois; Charles Bender, qui avait eu la gentillesse et l’audace de lui faire jouer un autochtone à l’accent québécois dans leur terrible histoire des pensionnats qui laisse encore des traces dans Là où le sang se mêle (Kevin Loring); que dire de Guy Spring qui le fait jouer un espion israélien dans une pièce explosive et comique Mr. Goldberg Goes to Tel Aviv (Oren Salfdie), le généreux Jean-Marie Papapietro, pied-noir, qui le confronte malgré lui comme petit-fils d’Algérien sur la guerre d’Algérie dans L’énigme Camus – une passion algérienne; il est encore un peu effrayé par Le meilleur des mondes que nous annonce Huxley (adapté par Guillaume Corbeil) même s’il s’était amusé sous la direction de Frédéric Blanchette; il retrouve son clown dans Migraaaants de Matei Visniec grâce à Margarita Herrera-Dominguez; et tout récemment il est bouleversé par l’expérience peu commune avec le public dans la pièce Alep. Portrait d’une absence de M. Al Attar et O. Abusaada au FTA qui témoigne, à un spectateur à la fois, l’histoire d’une ville qui renait de ses cendres ; etc.

Mohsen parle ou baragouine plusieurs langues qui lui ont permis de jouer ses solos dans sa langue maternelle, le néerlandais, mais aussi en français, langue apprise à l’école et en anglais, appris à l’arrache. Il se sent prêt à le faire aussi en italien, appris dans une prison italienne (on pense qu’il est mythomane), mais a une peur bleue de le faire en arabe tunisien même si c’est la langue de son père – il le comprend à peine. Il en rêve, mais ne peut pas, il en souffre.

On le voit de temps à autre à la télé, passant de seconds rôles comme dans Nouvelle Adresse, Fait Divers, Mémoires vives… mais que tout le monde à oublié, et des premiers rôles qu’il joue avec plaisir comme dans Demain des hommes, Cerebrum, 450 chemin du golf… mais n’en rêve pas d’en faire une carrière. Il a tort, ça rapporte et ça donne une visibilité – il parait que les théâtres engagent pas mal les «vedettes». Il aurait bien voulu jouer dans Breaking Bad mais la série est finie. Peut-être devrait-il écrire une série.

Au cinéma, même affaire, souvent des seconds rôles, même avec des réalisateurs oscarisés, oui, oui, comme dans Pawn Sacrifice d’E. Zwick, et aussi des films d’ici comme dans Montréal la blanche de B. Bensaddek. Et des premiers rôles comme dans le film de Noël Mitrani Après coup, où il jouait un Dr Thuline qui guérit par des méthodes un peu mystiques un Laurent Lucas complètement traumatisé. Il en a fallu des scènes pour lui remonter le moral. Et puis les fameux les films où les scènes ont été coupées, comme dans Incendie de Denis Villeneuve.

On dit de lui qu’il a une voix de radio. Il s’en amuse ici et là sur des projets de narrations, de podcasts, de dessins animés…

Je sens que vous voulez en savoir plus, vous êtes chanceux, il a un site web : www.mohsenelgharbi.net

Ah oui ! Mohsen, ça se prononce Mot-Scène, comme des mots sur une scène.